Le Comble De Lironie Explication Essay

Michel Peterson, Université de Montréal

« ULYSSE » DE JOYCE : L'IMPRÉSENTABLE ?

Au centre du débat qui secoue depuis quelques années l'économie politique et esthétique de nos sociétés et de ses institutions, se tient, impassible, l'œuvre — la production — de Joyce. Le trouble qu'elle a semé et qu'elle ne cesse de provoquer nous renvoie à la détresse éprouvée désormais continûment devant un langage qui a égaré dans ses obscurs dédales sa classique transparence. Il revient à Foucault d'avoir montré x que cette perte provoque un repli du langage et précipite son nivellement au moment où, au XIXe siècle, il devient simple objet de connaissance. Différents modes de compensations vont donc surgir pour préserver, ou relever, la subjectivité qui persiste en lui. D'une part, le langage sera une instance médiatrice pour la connaissance et d'autre part, l'on devra consentir à son étude une valeur critique. Le troisième mode de compensation, certes le plus étonnant, consistera en l'apparition (l'épiphanie) de la littérature comme telle, puisqu'elle deviendra ce lieu privilégié où le langage échappe au viol du savoir afin, par un mouvement inverse dont les effets seront pervers, d'enfreindre son droit à la représentation. Mais si, comme le souligne Foucault, la littérature moderne devient alors contestation de la philologie 2, cela signifie-t-il pour autant qu'elle soit, dans son silence inouï, « tout entière référée à l'acte d'écrire » ? On peut en tout cas penser que la sémiosis joycienne, fajoyattce, propose un langage qui, loin de n'avoir ni sonorité 3 ni interlocuteur 4, produit des séries

1. Les Mots et les Choses, Paris : Gallimard, 1966. Voir en particulier la fin du chapitre VII.

2. Ce lien problématique qui fait du jeune Joyce un fils du XIXe siècle et un collègue de Renan est fort bien analysé par Jacques Aubert dans son Introduction à l'Esthétique de James Joyce, Paris : Didier, 1973 : « en ne réduisant pas l'écart philologie-littérature, en persistant à les distinguer sans les mettre en rapport d'exclusion, Joyce devait nécessairement laisser Renan en arrière » (p. 28). Aubert éclaire ce lien par une lecture de l'essai « The Study of Languages » (1898/99) qu'on peut trouver dans The Critical Writings of James Joyce, edited by E. Mason et R. Ellman, New York : The Viking Press, 1959, pp. 25-30.

3. Le terme « sonorité » utilisé ici par Foucault retentit curieusement, surtout si l'on se

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Sans Kadhafi et quelques autres de ses futures victimes, Sarkozy n’auraient jamais été élu président de la République Française. Du côté de Sarkozy, c’est du cynisme à l’état pur tel que nous lui avons toujours connu. Il s’est toujours servi de tout ce qui avait pu lui être utile pour arriver à ses fins, quitte à broyer ensuite tout ce qui pouvait se trouver sur son chemin pour réaliser sa mission. Du côté de Kadhafi, ou de Laurent Gbagbo qui a cherché à l’approcher au détriment de Jacques Chirac avec lequel les relations étaient telles que le président ivoirien craignait pour sa vie, on ne peut que constater la candeur de ces présidents qui avaient tout compris des rouages techniques de la géopolitique, mais n’avaient manifestement rien compris de la profonde noirceur de ceux auxquels ils avaient affaire. Plus précisément, ils n’avaient pas saisi à quel point ceux-ci n’étaient que des pions.

Avec sa capacité, au nom de son Histoire, de se gonfler plus qu’elle ne représente réellement dans l’échiquier mondial, la France en impose encore, et certains dirigeants de pays faibles ont vu en la France un possible protecteur, sinon un intermédiaire pour négocier avec les grands loups. Cela a été vrai jusqu’à l’arrivée de Nicolas Sarkozy qui, dès son avènement a révélé la vassalité de la France vis-à-vis du monde atlantiste. Cet état de fait, consolidé par le successeur de Sarkozy, François Hollande, entérine définitivement le fait que la France, qui est dans l’incapacité de se protéger elle-même, est encore moins capable de protéger qui que ce soit d’autre. Les dirigeants des pays faibles qui avaient compté sur elle avaient non seulement misé sur le mauvais cheval, mais ce cheval s’est servi des liens existants et de sa notoriété pour les démolir.

Nicolas Sarkozy a été, si l’on en croit les documents révélés par Mediapart et dont certains sont détenus par la justice, un très mauvais investissement pour Mouammar Kadhafi. Cela ne veut pas dire qu’il y avait un meilleur investissement et que quelqu’un d’autre que Sarkozy n’aurait pas fait la même chose ou pire. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer ce que fait François Hollande, preuve que ce ne sont que des outils d’un même maître. Cela signifie simplement que Kadhafi n’avait peut-être pas d’autre choix que parier sur un cheval, en espérant gérer la suite.

Maintenant que Kadhafi est mort laissant la Libye aux mains de ceux qui la voulaient, Sarkozy doit se dépatouiller avec son passé libyen. Notons que son complice londonien David Cameron ne fait face qu’à quelques questionnements diffus qui n’iront jamais loin, comme si tous les Britanniques étaient frappés d’amnésie. Seul Sarkozy et, accessoirement Hilary Clinton, restent dans la tourmente libyenne. Beaucoup trop de témoins sont encore en vie et beaucoup de documents subsistent, mais surtout, Sarkozy fait trop de remue-ménage pour reprendre sa place de pion, et ce n’est pas du goût de tout le monde.

Financement libyen de Sarkozy : un témoignage clé de Moftah Missouri, ancien conseiller diplomatique de Mouammar Kadhafi (extrait)


Financement libyen de Sarkozy : un témoignage…par Mediapart

Avic – Réseau International

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